2. Flaubert, notre contemporain
• L'évolution des lectures critiques de l'œuvre
Flaubert n'est devenu une véritable « star » de la littérature mondiale que vers les années 1960-1980. En 1970, le Flaubert de R. Debray-Genette (éd. Didier) favorisait cette prise de conscience en retraçant, textes à l'appui, la lente émergence critique de l'œuvre de 1870 à 1970. En fait, à quelques exceptions près (Maupassant, Théodore de Banville, George Sand, Baudelaire), les contemporains de Flaubert n'ont pas compris le sens et la nouveauté de son travail. Les moins défavorables le tolèrent moyennant de multiples réserves (Sainte-Beuve) ou en le réduisant pour l'annexer à une cause (Zola et les naturalistes). Les autres rejettent l'œuvre en bloc. Les années 1890-1920 font place à de nouvelles lectures philosophiques et psychologiques (P. Bourget, J. de Gaultier, G. Lukács, H. James) beaucoup plus pertinentes. Mais c'est dans les années 1920 que Flaubert se trouve brusquement projeté sur la scène critique par Charles Dubos, Percy Lubbock, et surtout par Marcel Proust lors de la polémique qui l'oppose à ce sujet à Albert Thibaudet. À partir de cette époque, la publication de la correspondance et des œuvres de jeunesse renouvelle du tout au tout la lecture de l'œuvre : les études flaubertiennes (D. L. Dumorest, R. Dumesnil, G. Leleu, etc.) entrent dans une phase de reconnaissance institutionnelle et notamment universitaire. Il faut pourtant attendre l'après-guerre pour que commence à se dessiner l'horizon d'une réception critique plus dynamique : les textes d'E. Auerbach (1946), de Queneau (1947), de Sartre (1948), de Seznec (1949), de M. J. Durry et de G. Poulet (1950), de L. Bopp (1951) représentent une première vague de renouvellement, bientôt suivie par un intense travail de réexamen du corpus flaubertien. La phase qui s'ouvre en 1953 avec Le Degré zéro de l'écriture de R. Barthes se solde rapidement par une multiplication et une diversification considérable des recherches : 1954 (J. P. Richard, […]
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