L'inventeur de la psychophysique, Fechner — un des penseurs qui marquèrent le plus l'Allemagne au xixe siècle — est à bien des égards l'héritier de la philosophie de la nature. Encore étudiant, il lit avec enthousiasme les œuvres de Schelling et d'Oken. Il en retient l'idée « que la nature culmine dans une unité et qu'elle est pénétrée par un principe spirituel ». Pourtant il préfère d'abord, loin de la spéculation, s'engager dans la voie plus austère de la science.
Durant vingt ans, de 1820 à 1840, il se consacre à la recherche expérimentale, collabore avec Ohm, traduit les grands traités de Biot et de Thénard, limitant son inspiration personnelle à de petits écrits, pleins d'humour et d'ironie, publiés sous le pseudonyme de Dr. Mises (réunis en 1875 sous le titre de Kleine Schriften). En 1838-1840, des expériences originales sur la perception des couleurs préfigurent ce qui va devenir la psychophysique. L'année 1840 fait coupure : elle ouvre une crise grave qui dure trois ans. Sourdement annoncée par un livre publié en 1836, Das Büchlein vom Leben nach dem Tode (Le Petit Livre de la vie après la mort), cette crise plonge Fechner dans un état proche du désespoir. Quand il en sort, comme au terme d'une catharsis, c'est avec une énergie nouvelle. Tout s'ordonne désormais autour d'une certitude qui renoue, par-delà la philosophie de la nature, avec les intuitions d'un Giordano Bruno : la nature est habitée par le divin, et c'est ce qui donne à chaque corps vivant sa consistance. Cette vision qui s'élargit jusqu'à l'univers est chez Fechner avant tout une philosophie du corps, qui plonge ses racines dans l'expérience limite de la crise.
En 1848, Nanna, oder über das Seelenleben der Pflanzen (Nanna, ou la Vie sensible des plantes) développe l'idée d'une sensibilité inhérente à toute vie, et cependant particulière à chaque forme vivante. En 1851, Zendavesta, oder über die Dinge des Himmels und des Jenseits (Zendavesta ou des choses du ciel et de l'au-delà) généralise la thèse d'une nature v […]
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