Chef incontesté de la jeune école historique allemande, professeur aux universités de Halle, de Strasbourg et de Berlin, Gustav Schmoller fut membre du Conseil d'État de la Prusse et fondateur de l'Association pour une politique sociale (Verein für Sozialpolitik) ; il a été l'un de ces socialistes de la chaire, nombreux durant l'époque bismarckienne, qui, opposés au libéralisme des marginalistes, ont soutenu que l'État devait adopter une politique interventionniste et inaugurer un certain socialisme ; bien qu'opposé à la social-démocratie, Schmoller devait rédiger le Manifeste d'Eisenach (1872), écrit par lequel la jeune école historique allemande préconise un réformisme d'État. L'apport de Schmoller est marqué essentiellement par deux ouvrages. Dans le premier, L'Économie politique et ses méthodes (Die Volkswirtschaftslehre und ihre Methode, 1894), il fournit les arguments essentiels dans la controverse méthodologique (Methodenstreit) qui, dans les dernières années du siècle, opposa l'école historique allemande inductive à l'école déductive des marginalistes viennois. Ses vues se précisent encore dans ses Principes d'économie politique (Grundriss der allgemeinen Volkswirtschaftslehre, 1900-1904), dans lesquels, procédant à un examen critique des différentes théories économiques, il soutient que le rôle des économistes est d'accumuler des matériaux descriptifs, historiques et statistiques destinés à fournir les bases d'une élaboration théorique ultérieure, que l'économie ne doit pas être isolée, mais qu'il convient d'utiliser l'ensemble des approches qu'on peut rencontrer dans les différentes sciences sociales, ce qui se situe dans la perspective moderne d'une science unifiée de la société.
Guy CAIRE
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