3. L'interprète et l'homme de théâtre
Avec son accession en mai 1897 au poste de directeur de l'Opéra de Vienne, Mahler aborde l'étape la plus prestigieuse de sa carrière officielle. Ne se ménageant pas plus qu'il ne ménage les autres, il s'attire à la fois des partisans dévoués et des ennemis acharnés : d'où ses triomphes et ses échecs. Il rénove le répertoire et les habitudes de travail de l'orchestre et dirige aussi, de 1898 à 1901, les concerts de la Philharmonie. En 1902, son mariage avec Alma Schindler, de dix-neuf ans sa cadette, marque un tournant dans sa vie. Avec le peintre Alfred Roller, collaborateur de premier plan, il réalise de 1904 à 1907 ses plus grandes mises en scène à l'Opéra (Gluck, Mozart, Beethoven, Wagner), fondant ainsi la renommée future de cette maison. Après la Quatrième Symphonie sont alors composées la romantique Cinquième (1901-1902), la grandiose et tragique Sixième (1903-1904) et la fascinante Septième (1904-1905) – qui forment une trilogie purement instrumentale –, la problématique Huitième (1906-1907), entièrement pour soli, chœurs et orchestre, en deux parties fondées l'une sur le Veni Creator, l'autre sur la fin du Second Faust de Goethe, ainsi que deux séries de cinq lieder (1901-1904) chacune sur des poèmes de Rückert, les Rückert Lieder proprement dits et les poignants Kindertotenlieder (Chants pour des enfants morts). Parallèlement, Mahler s'engage franchement, sans toujours l'approuver sur le plan artistique, en faveur du jeune Schönberg.
En 1907, trois « coups du destin » le frappent : perte, à la suite notamment d'attaques ouvertement antisémites, de sa situation à Vienne ; mort de sa fille aînée ; découverte chez lui d'une maladie de cœur incurable. Appelé par le directeur du Metropolitan Opera, Mahler passe quatre années de suite (de 1907 à 1911) l'automne et l'hiver à New York, où il dirige aussi la Philharmonie, et le printemps et l'été en Europe, où il termine en 1908 Das Lied von der Erde, sur des poèmes traduits du chinois, et en 1909 la Neuvième Symphonie. En 1910, une grave crise conjugale, qui le conduisit à consulter Freud, ne lui permit pas d'achever la Dixième. Mais la création à Munich (sept. 1910) de la Huitième, dite des Mille, lui valut son plus grand triomphe de compositeur (les trois partitions ultimes sont posthumes). Victime en Amérique (févr. 1911) d'une angine à streptocoques, ramené d'urgence en Europe, Mahler mourut à Vienne le 18 mai 1911 sur une dernière parole (Mozartl) adressée à Alma, dirigeant du doigt un orchestre invisible.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



