2. Modernité de Guo Xi
L'activité picturale de Guo Xi a coïncidé avec une période de riche effervescence créatrice dans les lettres et les sciences, cependant que la vie politique de l'époque était marquée par une lutte intense au sein du gouvernement entre une faction conservatrice et une faction réformiste. Cette dernière dirigée par Wang Anshi rencontra l'approbation et le soutien de Shenzong et mit en œuvre une série de mesures audacieuses : renforcement du contrôle étatique sur l'économie, entraves apportées à la grande propriété terrienne. À la mort de Shenzong, son successeur Zhezong annula ces réformes de Wang Anshi et rappela la faction conservatrice au pouvoir ; le même Zhezong, on vient de le signaler, s'était également empressé de remplacer par des peintures antiques les Guo Xi qu'avait rassemblés son prédécesseur. On est naturellement tenté d'établir un parallèle entre les deux faits. Il n'est pas impossible que Guo Xi ait eu des relations avec la faction précédemment au pouvoir, ce qui aura pu suffire pour le rendre antipathique au nouveau souverain. Mais, plus profondément, il se peut fort bien que pour les goûts conservateurs de ce dernier la peinture de Guo Xi ait présenté un déplaisant caractère de modernité. Avec le recul du temps, il est difficile aujourd'hui d'imaginer en quoi cet art aurait jamais pu paraître révolutionnaire ; au contraire, l'impression immédiate qu'il impose est celle d'un développement logique et naturel, sans nul hiatus, de la grande formule du paysage que Fan Kuan et Li Cheng avaient triomphalement affirmée avant lui. Mais si les longues perspectives historiques tendent à oblitérer les différences et à renforcer les éléments de continuité au sein d'une évolution donnée, elles ne doivent pas nous faire perdre de vue que, pour ses contemporains, la peinture de Guo Xi devait en réalité comporter un aspect résolument novateur, comparable à beaucoup d'égards à ce que fut dans l'art occidental l'apparition de la peinture baroque après l'âge classique.
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