2. Poète et traducteur
Guo Moruo acquit une première popularité grâce à ses poèmes en vers libres à contenu fortement émotionnel, inspirés de Whitman, de Shelley et de Tagore. Déjà son premier recueil poétique Nü shen (1921, Déesses) lui valut les louanges de Wen Yiduo, critique littéraire et poète renommé qui considérait que la poésie de Guo Moruo exprimait le mieux l'esprit de la jeunesse et qu'elle était la seule « vraie poésie chinoise moderne ». Tout comme les autres œuvres des membres de Création, les vers libres irréguliers de Guo Moruo sont fortement imprégnés d'idées et d'expressions étrangères. Parfois, le poème n'est rien d'autre qu'une succession d'exclamations passionnées. Cette caractéristique se retrouve dans d'autres recueils de Guo Moruo, Xing kong (1923, Ciel étoilé), Ping (1925, Le Vase). Ses derniers recueils sont moins impulsifs et reflètent de plus en plus ses penchants politiques. Tout en exprimant la puissante personnalité individualiste de l'auteur, ces œuvres trahissent ses goûts romantiques, le rapprochant ainsi de ses modèles européens, en particulier des romantiques allemands. Ses penchants romantiques sont aussi nourris de ses traductions, dont certaines influencèrent profondément la littérature chinoise moderne, par exemple Les Souffrances du jeune Werther de Goethe, qui devint une bible pour la jeunesse dès sa parution. Sa traduction du Faust témoigne du même esprit. Guo Moruo a traduit également des œuvres de Schiller, de Tourgueniev, de Tolstoï, d'Upton Sinclair et d'autres auteurs occidentaux et japonais.
Si les premiers recueils de poésie sont très fortement marqués par la mode occidentale quant aux thèmes et par la pratique de la traduction quant au style, on peut constater que le poète Guo Moruo revient de plus en plus souvent, avec les années, à des formes classiques, dans le même temps que les traductions cèdent le pas devant les études historiques et les recherches archéologiques. Publiée en pleine période de la révolution culturelle, l'étude parallèle de deux grands poètes chinois des Tang, Li Bai et Du Fu, devait avoir un grand retentissement qui associait hardiment l'étude des classiques et des sentiments personnels, la poésie, la critique historique et les engagements politiques transparents à travers elles.
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