Günter Eich est né à Lebus-sur-Oder. En 1918, la famille quitte le Brandebourg pour Berlin puis Leipzig, où Eich passe son baccalauréat. Il étudie ensuite la sinologie à Berlin (1925), et publie, dès 1927, ses premiers poèmes dans l'anthologie de Willi Fehse et Klaus Mann, Anthologie jüngster Lyrik. Il écrit ensuite, en collaboration, une première pièce radiophonique, La Vie et la mort de Caruso (1929), genre auquel il reviendra, tout particulièrement dans les années 1950-1959. Après un séjour d'un an à Paris paraît en 1930 un premier recueil de poèmes. Dans les années trente, il étudie l'économie, travaille pour la radio et collabore à la revue Die Kolonne. Soldat dès 1939, prisonnier en 1945, l'expérience de la guerre laisse des traces profondes dans son lyrisme. Le poème Inventaire (Inventur, 1945) le range parmi ceux qui, au lendemain de la tourmente, tentent de reprendre possession du monde au moyen des mots. Il est du reste l'un des fondateurs du Groupe 47 (avec, entre autres, Heinrich Böll). Les années cinquante et soixante témoignent d'une production régulière, couronnée par de nombreux prix littéraires, en dépit d'un rapport désormais critique aux mots et au monde, qu'expriment en particulier les titres de ses derniers recueils : aux Fermes retirées (Abgelegene Gehöfte, 1948), à Métro (Untergrundbahn, 1949) et aux Messagers de la pluie (Botschaften des Regens, 1955) succèdent Aux actes (Zu den Akten, 1964), Incitations et jardins de méditation (Anlässe und Steingärten, 1966) et Taupes (Maulwürfe, 1968, qu'on pourrait aussi traduire par “Coups de gueule”), poèmes en prose d'un genre laconique et souvent paradoxal.
Si le vécu et la pensée sont semblables à la taupe et si leur cheminement ne se traduit plus qu'à la manière dont la taupe progresse, par coups de gueule, c'est que la traduction de l'intériorité par le lyrisme ne saurait plus s'accomplir en pleine lumière, grâce au rapport transparent des mots et des choses. Comme presque tous les poètes allemands “après Auschw […]
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