Né le 29 août à Gravesend dans le Kent, poète — pour le grand public — du cuir, des motos et du geste viril, Thom Gunn a choisi l'exil aux États-Unis alors que l'Angleterre se repliait sur elle-même. Au moment où la poésie anglaise privilégiait surtout le juste milieu des classes moyennes, il a préféré les situations extrêmes et marginales. Lorsque les intellectuels de son pays évitaient les grands débats philosophiques, il a su revenir à une poésie d'« idées ». On pourrait, en dernière analyse, et pour simplifier, le définir par rapport aux grands problèmes qu'a posé à notre époque l'existentialisme, et notamment celui de la fracture radicale qui sépare l'existence et l'essence, le moi et l'autre. Ces deux questions se manifestent dans son œuvre à travers deux grands thèmes, la violence et l'amour : Relations de combat (Fighting Terms), 1954, rév. 1962 ; Le Sens du mouvement (The Sense of Movement), 1957 ; Poèmes choisis (Selected Poems), 1962 ; Positifs (Positives), 1966 ; Le Toucher (Touch), 1967 ; Moly, 1971 ; Le Château de Jack Straw (Jack Straw's Castle), 1976 ; Essais critiques et autobiographiques, présentés par le poète Clive Wilmer, 1982 ; Poèmes choisis, 1950-1975, parus en 1979, et en association avec Ted Hughes, pour marquer une convergence des sensibilités littéraires, des Poèmes choisis de l'un et l'autre rassemblés, en 1983.
Dans la violence d'abord, Gunn voit un moyen de transformer l'existence en une matière dure et essentielle. Cela explique sa fascination pour les époques élisabéthaine et jacobéenne, où la violence s'intégrait, à ses yeux, dans le cosmos (A Mirror for Poets [Un miroir pour les poètes]). Il se montre fasciné aujourd'hui par les blousons-noirs et leur monde (Lofty in the Palais de Danse [Lofty au dancing] ; On the Move [En mouvement] ; Elvis Presley). Dans ces poèmes, la violence apparaît comme une tentative désespérée pour masquer, par une fuite en avant dans l'action, l'impossibilité de fonder absolument un projet existentiel.
Le deuxième grand thème de l'œuvre — l'amour (souvent amour homos […]
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