2. D'une littérature aux méthodes
Un siècle après l'apparition de l'imprimerie en Europe, don Luys Milán, gentilhomme attaché à la cour du roi du Portugal et des Îles, publie sous le titre d'El Maestro un recueil de musique qui renferme exclusivement des pièces instrumentales conçues pour la vihuela, ainsi que des chansons avec accompagnement de vihuela. Il parut en 1535 à Valence, et on le considère à juste raison comme le premier monument de la littérature de guitare.
Trois ans plus tard, en 1538, furent édités à Valladolid, les Six Livres du Dauphin de la musique (Delfín de música) composés par Luys de Narváez, qui inaugure en Espagne l'exercice des variations sur un thème.
En 1546, trois livres de musique chiffrée pour vihuela d'Alonso Mudarra paraissent à Séville. Dans le troisième livre sont publiées pour la première fois de petites pièces écrites pour la guitare, alors dotée de trois doubles cordes et d'une simple. Dans les trois décennies qui suivent, divers recueils de musique pour vihuela sont édités en Espagne, ainsi ceux d'Enriquez de Valderrábano en 1547, de Diego Pisador en 1552, de Miguel de Fuenllana en 1554, de Luys Venegas de Hinestrosa en 1557, d'Estebán Daza en 1576. Le dernier musicien espagnol qui composera pour la vihuela sera le compositeur aveugle Antonio de Cabezón, le « Bach espagnol » ; il publia diverses œuvres pour instruments à touches, pour harpe et pour vihuela en 1578.
En France, c'est Guillaume Morlaye qui, bien que « maître de luth », confie à Robert Granjon et Michel Fezandat la publication, dès 1550, du premier recueil de guitare. Il sera suivi par Simon Gorlier, « excellent joueur », et Adrien Leroy qui publie chez son beau-frère Robert Ballard cinq Livres de guiterre en cinq ans dès 1551.
Vers le dernier quart du xvie siècle, le registre de la guitare est augmenté par l'adjonction d'une cinquième double corde. Cette innovation est généralement attribuée, à tort, au poète de Ronda, Vicente Espinel, mais il est probable que ce dernier contribua seulement à […]
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