6. La victoire des nationalistes
Dans ces conditions, la création de plusieurs mouvements nationalistes était inéluctable. Le plus important, le Partido africano da independência da Guiné e Cabo Verde (P.A.I.G.C.), créé en 1956 par l'ingénieur agronome capverdien de Guinée Amilcar Cabral, appliquant des schémas marxistes, cherche d'abord à mobiliser une classe ouvrière quasi inexistante (échec sanglant de la grève des dockers de Bissau en 1959), puis se tourne vers les campagnes où sa propagande est bien accueillie, notamment chez les peuples animistes (Balante en particulier), mais est contrée par la chefferie peule attachée à ses prérogatives, à sa religion et aux privilèges que lui consent l'administration portugaise. En 1963, la guérilla fait son apparition dans le sud du pays. Elle ne cessera de se renforcer à partir du sanctuaire offert par la Guinée-Conakry et le Sénégal. Installant plusieurs bases dans le pays même, le P.A.I.G.C. rallie à lui de nombreux villages abrités par la forêt ou les marais. Il y organise les rudiments d'une société socialiste (coopératives, magasins populaires, écoles, infirmeries) fondée sur la prééminence du parti et sur l'efficacité de sa guérilla, bien armée par les pays communistes.
De leur côté, les Portugais encadrent et regroupent les villages non entrés en dissidence, recrutent massivement les Peul, intensifient le développement de leurs zones ; ils maintiennent sur place de 15 000 à 20 000 soldats métropolitains et parviennent tant bien que mal à contrôler la totalité des centres et l'essentiel de la population. Militairement, la situation est sans issue car les nationalistes ne s'essoufflent pas, malgré les coups portés à la guérilla par le gouverneur, le général António de Spínola. L'assassinat d'Amilcar Cabral, au début de 1973 à Conakry, n'entrave pas la lutte du P.A.I.G.C. qui proclame unilatéralement l'indépendance du pays, le 24 septembre 1973. En réalité, sans être vaincue militairement, l'armée portugaise ne croit plus en sa m […]
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