5. Les compositions profanes
La plupart des chansons de Dufay ont été écrites avant 1435. On en compte quatre-vingt-quatre, dont huit sur des textes italiens, plus une dizaine d'autres d'attribution plus ou moins douteuse.
Les formes musicales sont ici très liées aux formes poétiques (rondeau, virelai, ballade). Les thèmes littéraires sont assez conventionnels : chants d'étrennes, chants d'amour et de printemps. L'écriture est presque toujours à trois voix : la partie supérieure supporte le texte, les autres parties sont instrumentales ; parfois, deux voix se partagent les paroles, la dernière alors est dévolue aux instruments. L'évolution du style se marque, dans les chansons de la maturité, par l'assouplissement du « contraténor » instrumental ; on note plus d'équilibre entre les diverses parties et un rôle plus déterminant assigné à la technique de l'imitation. Cet équilibre et cette écriture contrapuntique plus serrée seront les signes distinctifs de la chanson française à la fin du xve siècle.
On retrouve dans les chansons de Dufay cette souplesse mélodique, déjà signalée, qui donne tant de charme à ses compositions ; un exemple : le début de la célèbre pièce Vergine bella sur des vers de Pétrarque.
Citons quelques titres dans cet abondant répertoire : Bon jour, bon mois ; Ce moys de may ; Mon cuer me fait tous dis penser ; Franc cuer gentil ; Se la face ay pale ; Mon seul plaisir ; Vostre bruit et vostre grant fame. Une chanson se distingue des autres par sa verve issue du folklore : La belle se siet au piet de la tour, fondée sur un cantus firmus populaire (le thème de la Pernette). La déclamation syllabique du texte dans les parties supérieures est assez exceptionnelle chez Dufay.
Enfin, on n'aura garde d'oublier, à mi-chemin du profane et du sacré, la belle Lamentatio Sanctae Matris Ecclesiae Constantinopolitanae à quatre voix (deux parties vocales, deux instrumentales), unissant un texte en langue vulgaire (« Très piteulx suis, de tout espoir fontaine ») à la plainte de Jérémie, « Omnes amici ejus spreverunt eam ».
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