2. Un « catalyseur » des styles
Dans son étude sur « La Pédagogie musicale à la fin du Moyen Âge » (Musica disciplina, 1948), Guillaume de Van écrit : « Les Cambrésiens, fidèles gardiens de la pensée française, trouvèrent en Italie un élément qui leur manquait et qu'on peut appeler le naturel, par rapport à l'artificiel (dans le sens médiéval) de la doctrine française. Celle-ci incarna l'esprit médiéval, tandis que la pensée italienne apportait déjà l'orientation de l'homme nouveau, produit de l'humanisme [...] Ainsi le style communément appelé franco-flamand (mais que l'on pourrait dénommer à plus juste titre franco-italien) n'eût jamais existé sans cette fusion harmonieuse d'éléments contradictoires. »
Ces lignes situent assez bien le rôle de Guillaume Dufay dans l'évolution de l'art polyphonique en ce début du xve siècle. Formé à Cambrai dans la tradition française (celle de l'ars nova), mais attentif aux nouveautés apportées tant par les Anglais (John Dunstable, Leonel Power) que par les Liégeois fixés en Italie (Jo Ciconia, Arnold et Hugo de Lantins), sensible d'autre part à l'élégance mélodique propre aux Italiens, Guillaume Dufay apparaît moins comme un réformateur ou un novateur que comme un « catalyseur » de ces diverses tendances.
Relié au passé par certaines techniques, comme celle du motet isorythmique, qu'il applique avec maîtrise, Dufay est, selon Leo Schrade, « le parfait héritier qui fait fructifier l'héritage avec le plus grand discernement ».
Mais, en donnant à la musique sacrée le pas sur la musique profane (alors qu'au siècle précédent on appliquait à la musique sacrée des procédés en usage dans la musique profane), en développant dans ses grandes messes cycliques de la période de maturité l'écriture à quatre voix, en faisant sienne la technique du cantus firmus, Dufay a ouvert largement la voie où allaient s'engager les grands polyphonistes de la Renaissance.
Les œuvres complètes de Dufay, intégralement publiées par le musicologue Heinrich Besseler, peuvent se répartir en trois grandes catégories : les messes et fragments de messes ; les motets ; les compositions profanes (chansons, rondeaux, ballades, etc.).
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