3. Le « Transitus ad christianismum »
Une vie aussi studieuse, un militantisme si constant s'enracinent dans une philosophie. Non point une philosophie spéculative ; Budé considère que depuis l'avènement du christianisme toute spéculation de l'esprit est orgueilleuse et vaine. La vérité est don de Dieu. L'exercice philosophique par excellence est donc lecture, interprétation, méditation de l'inépuisable richesse de sens de l'Écriture sainte ; et cette méditation conduit à la contemplation (philotheoria), qui est elle-même comme l'anticipation de l'éternité bienheureuse. On ne saurait comprendre Budé sans référence à la mystique. Mais, en face du don de Dieu, s'offre à l'humaniste le don des hommes, l'héritage des Grecs et des Latins. Dans la mesure où elle fut associée au paganisme, cette culture classique que Budé, reprenant le vocabulaire des Pères de l'Église, désigne du mot hellenismus, est tout à la fois admirable et suspecte. La sauvegarde de l'unité d'esprit du lettré lui impose donc une réflexion sur la valeur et les fins de ses études. Certes, tous les thèmes traditionnels de la philosophie morale intéressent Budé (comme le prouve l'essai, qu'il publie en 1520 sur le « mépris des choses fortuites », le De contemptu rerum fortuitarum). Mais c'est à la philosophie de la culture qu'il revient sans cesse. Parce que, en tant que laïc, il pouvait se tenir largement à l'écart des débats théologiques qui, depuis l'apparition de Luther, détournaient l'attention des intellectuels de cette question existentielle vers des problèmes d'orthodoxie, Budé a eu le loisir de focaliser sa pensée sur ce qui était le fait primordial de la civilisation de son temps : la double renaissance des études profanes et des études sacrées, et le conflit potentiel qu'implique cette dualité culturelle. Les générations à venir s'orienteront vers des solutions de rupture ou des solutions de compromis. Le budéisme est une tentative de synthèse. Il propose l'étude comme voie de salut et de sainteté. Il intègre ainsi l'huma […]
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