Poète piémontais, né et mort à Turin, Guido Gozzano semble avoir deux faces ; mais seul le Gozzano des poèmes « crépusculaires » s'est imposé, éclipsant l'autre, l'auteur de textes en prose (récits de voyage comme Verso la cuna del mondo, 1917 ; nouvelles ; et même contes pour enfants) et des étonnantes Epistole entomologiche, sa dernière œuvre en vers.
Le poète de La Via del refugio (1906) et de I Colloqui (1911) est phtisique ; avec la conscience aiguë de sa fragilité de vivant, de la mort qu'il porte, les idéaux rhétoriques : la Patrie, Dieu, l'Humanité lui donnent la nausée, tout comme la bourgeoisie triomphante. L'époque est vide, l'art des dieux du temps est empoisonné, sa tristesse est vaine et sans but. D'Annunzio, qui le fascine, règne sur la littérature italienne. Comment trouver une parole à soi, sinon en prenant le contre-pied de l'omniprésent poète ? Gozzano démystifie donc les choses trop chantées, émiette les événements en potins révolus et se réduit lui-même à un « guidogozzano », nom commun de « chose vivante ». Il cherche refuge dans un monde feint : un passé vieillot, les jeunes filles de naguère, le voyage sur l'atlas […]
