Issu de la bonne bourgeoisie piémontaise, formé aux disciplines juridiques et littéraires par des études universitaires poursuivies à Pise, à Bologne, à Turin — où il reçut les leçons de son futur beau-père, Cesare Lombroso —, Ferrero a très tôt manifesté pour l'interprétation historique un intérêt que le constant souci de comprendre son temps n'a cessé de soutenir. Dès l'époque de sa dissertation de licence sur les symboles, envisagés d'une manière que l'on qualifierait aujourd'hui de pluridisciplinaire, il s'est interrogé sur les conséquences de la politique coloniale exaltée par Crispi, l'avenir de l'Europe après Sadowa et Sedan, le destin des peuples latins. Une série de voyages à travers les « nécropoles » du vieux continent (1891-1896) l'a enrichi d'informations nouvelles, exposées dans L'Europa giovane (1897) et, en le confortant dans son jugement négatif sur le militarisme, l'a conduit à poser la question décisive : à quels signes peut-on reconnaître qu'une société entre en décadence ?
La méditation qui a abouti à la publication de Grandezza e decadenza di Roma (1902-1906) est d'abord une réponse aux interrogations et aux inquiétudes nées de cette représentation du présent, notamment marquée par la guerre des Boers et le débat sur la légitimité du gouvernement d'un empire. Décidément anti-académique, le travail qu'elle a inspiré ne s'inscrit pas dans le cadre universitaire officiellement tracé ; aussi, et en dépit de l'abondance des sources auxquelles il se réfère, l'a-t-on dit d'amateur. Rebelle à toute exploitation nationaliste, sans lien avec les investigations philologiques alors à la mode ni rapport avec le matérialisme historique et dialectique, la première grande œuvre de Guglielmo Ferrero appartient bien à cette Kulturgeschichte, cette historiographie artiste, qui a trouvé en Jacob Burckhardt son maître incomparable.
En Italie, on y a moins distingué la nouveauté de la méthode — l'intégration des éléments socio-économiques, politiques, psychologiques, philosoph […]
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