Dans la peinture chinoise du xviiie siècle, on distingue deux grandes tendances : celle des peintres de cour exerçant dans la région de Pékin et celle des peintres lettrés de la prospère cité sudiste de Yangzhou. Les sujets traités par les artistes de la cour selon les goûts de l'empereur Qianlong (1736-1795) sont peints dans un style particulièrement soigné, mais dépourvu de spontanéité.
Grâce à sa situation entre le Grand Canal et la vallée du fleuve Bleu, la ville de Yangzhou, dans le Jiangsu, est un carrefour du commerce aussi bien que des arts ; les grands négociants du sel et du riz y font fortune. C'est dans le cadre de leurs villas et de leurs jardins que se réunissent les lettrés et les peintres, qui y trouvent une chance de faire valoir leur talent.
À la cour, les peintres s'évertuent soit à l'imitation des anciens en copiant sans grande originalité paysages, bambous et fleurs, soit à la création d'œuvres inspirées par les peintres jésuites, tel le père Castiglione, qui puisent leurs thèmes dans les grandes conquêtes de l'empereur, la soumission des tribus lointaines, les scènes de chasse, les cérémonies, les inspections et autres sujets illustrant les bienfaits apportés par l'empereur. À Yangzhou, en revanche, c'est l'individualisme et parfois même l'excentricité qui dominent. Aux peintres organisés et réglés de la cour s'opposent ici les peintres vagabonds, épris de liberté et à la recherche d'un art nouveau : ainsi, chacun tend à trouver un langage personnel et exprime sans artifice ses propres sentiments.
Ceux qu'on a nommés les Huit Excentriques (Ba Guai) sont les plus connus parmi les nombreux adeptes de ce mouvement. Originaires du Sud, et pour la plupart sans titres de lettrés — seuls trois d'entre eux ont eu la chance d'être fonctionnaires, une expérience dont les a vite écartés leur trop grande bonté et leur naïveté dans l'exercice de cette charge —, d'une nature ouverte et d'une valeur personnelle singulière, excellents poètes et calligraphes, ces hommes de génie étaient […]
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