2. L'archétype du citoyen de la « Respublica literaria et christiana »
La Bibliographie des écrits imprimés de Hugo Grotius (La Haye, 1950), dressée par J. ter Meulen et P. J. J. Diermanse, témoigne de l'ampleur et de la diversité de l'œuvre de Grotius. On ne manque pas d'être frappé de l'étonnante activité intellectuelle que déploya Grotius tout au long d'une existence tourmentée. Avocat à La Haye, homme d'État, dans sa prison de Loevenstein, à Paris, tant au milieu des difficultés matérielles des dix premières années que pendant le temps de son ambassade, il ne cesse d'œuvrer et de publier. Suivant l'expression de J. Moreau-Reibel, le trait dominant de « ce grand humaniste [fut] une volonté œcuménique d'enquête qui ne lui laissa aucun répit ». La tradition a surtout retenu en lui le juriste, l'auteur du De jure pacis et belli (1625), qui marque la date de naissance du droit international public, en oubliant d'ailleurs quelque peu sa remarquable Introduction au droit hollandais (Inleiding tot de Hollantsche Rechts-geleertheyt), composée en prison et publiée en 1631. Or, l'œuvre théologique de Grotius n'est pas moins importante que son œuvre juridique. Elle a été recueillie en trois tomes in-quarto, publiés à Amsterdam en 1679 sous le titre Opera omnia theologica. Elle comporte, outre ses fameuses Annotationes sur l'Ancien et le Nouveau Testament, le De veritate religionis christianae (1627) – qui eut des éditions et traductions multiples, aussi bien française qu'allemande, anglaise, danoise, suédoise, hongroise et arabe –, et nombre de traités ou écrits polémiques. Enfin, on ne saurait oublier que, pour l'humaniste Grotius, la philologie est mère nourricière aussi bien de la théologie que du droit et de la jurisprudence. L'édition qu'il procure, à seize ans, de Martianus Capella devait ouvrir la voie à une série, égrenée tout au long de son existence, d'éditions, annotations et traductions de classiques (entre autres, une traduction latine des Phoenissae d'Euripide et des notes sur Tacite). Il e […]
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