5. L'épistémologie cybernétique et la crise écologique
La relation hiérarchique doit être comprise comme incluant des « circuits » complets. À l'opposition entre immanence et transcendance, l'épistémologie cybernétique propose, avec Bateson, de substituer une approche nouvelle par où « l'esprit individuel est immanent, mais pas seulement dans le corps. Il est immanent également dans les voies et les messages extérieurs au corps ; et il existe également un Esprit plus vaste, dont l'esprit individuel n'est qu'un sous-système [...] ; il est comparable à Dieu, mais il n'en est pas moins immanent à l'ensemble interconnecté formé par le système social et l'écologie planétaire. » Ainsi donc, alors que Freud a « étendu le concept d'esprit vers le dedans [...] à l'intérieur du corps, j'étends, écrit Bateson dix ans avant sa mort, l'esprit vers le dehors. Et ces deux mouvements réduisent le champ du soi conscient. » À cette humilité, signe d'une reconnaissance de la hiérarchie, Bateson oppose l'hubris de notre civilisation qui place Dieu face à sa création et l'individu (imaginé à l'image de Dieu) dans la situation d'exploiter l'univers « sans considération morale ou éthique ». Pour lui, la crise écologique est née de cette arrogance, elle-même conséquence d'une épistémologie qui sépare l'esprit du corps et « échafaude des mythologies à propos de la survie d'un esprit transcendant ».
Encore une fois, Bateson cherche à dépasser la double contrainte qui se trouve à l'œuvre dans le vaste système de la vie et de la mort. Il croyait que pour lui-même, comme pour Socrate après sa mort, « une grande partie de lui survivrait comme élément de l'écologie contemporaine des idées ». Nul doute que sa destinée posthume confirme « l'exactitude épistémologique » qu'il reconnaissait à l'artiste William Blake pour qui « l'Imagination poétique est la seule réalité ».
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