3. Les propositions théoriques sur l'alcoolisme et la schizophrénie
Fort de ses convictions épistémologiques nouvelles qui sont fondées sur la cybernétique et la théorie des systèmes et qui coïncident avec ses recherches au Veterans Administration Hospital de Palo Alto en Californie, Bateson continue d'approfondir les questions relatives au « soi » dans la relation complémentaire de celui-ci avec le système plus vaste qui l'inclut.
Comment interpréter les succès d'une association telle que celle des Alcooliques anonymes dans le traitement des malades dont elle s'occupe ? La raison en est double : tout d'abord, l'alcoolique en état de sobriété provisoire agit suivant une épistémologie à la fois conventionnelle et fausse ; ensuite, la « théologie des Alcooliques anonymes rejoint une épistémologie de la cybernétique ». Celle-ci se fonde sur l'analyse des systèmes autocorrecteurs et stipule que « les caractéristiques mentales du système sont immanentes, non à quelque partie, mais au système tout entier ». Cette conception étend le soi jusqu'à comprendre « toutes les voies externes par où circule l'information ». La traditionnelle séparation du sujet et de l'objet est ici fondée dans un système holistique de transformations des différences.
L'alcoolique vit dans un système circulaire de défis où se répondent les assertions contradictoires : « Je peux ne pas boire », et, inévitablement, « Je peux boire sans danger ». Cette fierté dans le risque est suicidaire en ce qu'elle place hors du soi l'échec. À l'opposé de cette démarche qui s'enferme dans une relation symétrique à l'autre, les Alcooliques anonymes conseillent de s'abandonner à l'alcool, de toucher ainsi le fond, ce qui correspond « en psychothérapie à la boucle de rétroaction positive provoquée par le thérapeute qui pousse le malade dans le sens de ses symptômes ». C'est la technique de la « double contrainte » (double bind), fondée sur « l'épistémologie dichotomique de l'alcoolique : esprit contre corps ».
Ainsi l'alcoo […]
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