2. La cérémonie du « naven » et l'exercice épistémologique
À partir de 1927, Gregory Bateson entreprend une série d'enquêtes ethnologiques en Nouvelle-Guinée, entrecoupées de retours à Cambridge. Il passera en tout près de quatre années à étudier les populations de la région du fleuve Sépik et c'est là, autour de Noël 1932, à Amburti, qu'il rencontra le couple d'anthropologues formé par Reo Fortune et Margaret Mead. De cette période naîtra un livre admirable, Naven, publié en 1935. L'année suivante, Gregory Bateson épousait Margaret Mead, dont il eut une fille, devenue anthropologue à son tour.
Naven est un livre à plusieurs étages. Il étudie les rituels naven célébrés chez les Iatmul pour honorer les premiers exploits d'un enfant, qui vont du meurtre d'un animal ou d'un étranger à des actions plus pacifiques comme de jouer du tambour ou de la flûte et, pour une fille, d'attraper un poisson ou de faire des galettes de sagou. « À cette occasion, les frères de la mère, vêtus de vieilles jupes de fibre, parodiaient la féminité, tandis que les sœurs du père, parées de beaux atours masculins, se pavanaient, ayant à la main le bâtonnet à chaux (pour chiquer le bétel) de leur mari et le frappant sur une boîte pour produire un bruit caractéristique qui exprime l'autorité et la fierté du mâle. »
La description des faits ethnographiques est ici le point de départ d'une longue exploration épistémologique qui nous vaut deux chapitres : « Épilogue 1936 », puis, lors de la réédition de l'ouvrage, « Épilogue 1958 ». Ces réexamens successifs, conduits par l'auteur lui-même, montrent que de nouveaux outils conceptuels, tels que l'eidos (le tableau des processus cognitifs d'une culture) et l'ethos (les valorisations émotionnelles d'une culture), doivent être recherchés moins dans l'inconscient que dans l'apprentissage. En dehors de ces facteurs de stabilité, il en est d'autres qui impliquent le changement : ce sont des processus de différenciation appelés schismogenèses et qui prennent soit la forme symétrique, soit […]
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