4. La thèse mixte
Entre ces deux interprétations il existe une voie moyenne. La première thèse tend, en effet, à donner une importance quasi exclusive, dans le programme grégorien, à la réforme. La seconde gauchit quelque peu à son avantage le sens de certaines décisions, la suzeraineté sur certains États étant souvent antérieure au pontificat de Grégoire VII et ayant été imposée par l'histoire même de ces États, puisqu'en se constituant ils eurent besoin de trouver une autorité qui, en les reconnaissant et les protégeant, leur donnât une existence légale.
Comme aucune de ces thèses ne nie le primat de l'inspiration spirituelle de l'œuvre tout entière, on peut admettre sans difficulté que Grégoire VII a essentiellement voulu accomplir une réforme religieuse et qu'il a élaboré dans ce dessein un programme qui, à ses yeux (il aurait pu y avoir d'autres méthodes, mais il a rejeté tout autre projet réformateur), exigeait le refus de l'investiture laïque (donc lutte avec l'empereur) et une direction unique et ferme. Mais il aurait très tôt pensé qu'il était tout aussi important d'édifier véritablement cette suprême autorité que de mener la réforme : les deux chapitres du programme auraient été réalisés de front et certains grégoriens auraient agi de façon telle que l'établissement de la souveraineté pontificale dans l'Église et dans le monde serait devenu pour eux une fin et non plus un moyen.
C'est là, semble-t-il, la meilleure manière de définir avec nuance la place propre à chaque problème et de mesurer la complexité de toute grande entreprise politico-religieuse, aucune de ces explications d'ailleurs ne diminuant la grandeur de Grégoire VII et l'importance de son œuvre.
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