3. Réformateur ou dominateur ?
Une œuvre aussi importante, qui fut accomplie au prix d'une activité harassante et provoqua une lutte d'une extrême gravité, devait être jugée très différemment par les historiens, selon la façon dont ceux-ci posaient les problèmes et comprenaient la personnalité du pontife, en fonction aussi de leurs propres conceptions, particulièrement de leurs convictions religieuses.
Pour les uns, généralement les plus récents et de tendance catholique, Grégoire VII est avant tout un réformateur, le principal inspirateur et le plus prestigieux réalisateur de la réforme qui porte son nom. À leurs yeux, son attitude et sa doctrine sont simples à saisir : il veut lutter dans la chrétienté contre l'emprise du démon, contre le péché, contre le mal ; pour ce faire, il doit, d'une part, mettre en place un instrument capable de mener à bien ce combat, c'est-à-dire un clergé digne et saint – d'où la lutte contre la simonie et le nicolaïsme, contre l'investiture laïque qu'il considérait à juste titre comme à l'origine de ces vices ; d'autre part, il veut élaborer des structures et établir une autorité aptes à utiliser au mieux cet instrument – c'est-à-dire proclamer et instituer la primauté romaine, faire du pape le chef réel de tous les évêques, transformer l'organisation ecclésiastique en un système de type monarchique. Ainsi considérée, l'exaltation de l'autorité pontificale, exprimée dans les Dictatus papae, ne serait qu'un moyen de réaliser une réforme saine et juste.
De même, c'est au nom de la réforme et poussé par la nécessité de s'opposer au péché que Grégoire VII, selon cette thèse, intervient contre l'empereur, l'excommunie et le dépose, proclame qu'il a sur tous les princes une autorité prééminente et des droits incontestables – ce qui revient à faire du pape le seul dépositaire de la souveraineté dans le monde. Mais Grégoire VII ne prétend pas à une direction effective de la société temporelle ; il n'envisage jamais de bouleverser l'organisation des pouvoir […]
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