2. Le théologien
Grégoire de Nysse est, avec son frère Basile de Césarée et leur ami commun Grégoire de Nazianze, l'un des trois grands théologiens cappadociens, qui sont à l'origine de la tradition théologique et mystique de l'Église d'Orient. Il se distingue par l'originalité et la hardiesse avec lesquelles il a su fondre en une synthèse nouvelle les traditions exégétiques héritées d'Origène, la dogmatique orthodoxe issue du concile de Nicée et les spéculations néoplatoniciennes.
La théologie de Grégoire s'est développée en grande partie à l'occasion de la polémique avec Eunome. Ce dernier pensait que les mots sont révélés par Dieu aux hommes pour leur faire connaître l'essence des choses. Comme le mot « inengendré » était pour lui le vocable révélateur de l'essence divine, il s'ensuivait que le « Fils de Dieu », qui est « engendré », ne pouvait être de même essence que Dieu le Père. Grégoire s'applique à détruire cette identification de la notion d'« inengendré » avec la définition de l'essence divine. Pour lui, l'essence divine est absolument inconnaissable, parce qu'elle est infinie, c'est-à-dire parce qu'elle ne peut être enfermée dans les limites d'un concept ou d'une définition. Son absolue simplicité, son immutabilité impliquent qu'elle n'est pas limitée par une essence que l'on pourrait lui opposer. Elle est donc indéfinissable par la traditionnelle méthode de division. De cette réalité infinie et inconnaissable, l'Écriture sainte a révélé qu'elle était en relation avec elle-même comme Père, Fils et Esprit-Saint, mais ces noms ne désignent que des relations, et non des définitions de l'essence divine.
L'homme ayant été créé à l'image de Dieu, son esprit est, de même, indéfinissable et insaisissable. La ressemblance divine se manifeste tout spécialement dans ce pouvoir de mouvement qu'est la liberté. La nature humaine se porte vers le bien, c'est-à-dire vers Dieu par un mouvement sans fin qui répond à l'infinité de l'objet qui l'attire. Le mouvement vers le bien ne cesse d'emporter l'ho […]
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