5. Philosophie et spiritualité de la peinture
Le recours aux mêmes sujets religieux tout au long de sa carrière tolédane permet de comprendre le tournant stylistique qui s'opère dans l'œuvre de Greco vers 1600. Ses réflexions théoriques sur la création artistique, qui s'expriment dans les annotations de son exemplaire des Vies de Vasari et dans son édition du traité de Vitruve par Barbaro (Bibliothèque nationale, Madrid), montrent une recherche constante d'un idéal de beauté fondée sur l'étude de la nature, de la vie. Selon une démarche typique des grands peintres maniéristes, il centre de plus en plus ses œuvres sur des éléments fondamentaux, la lumière et la couleur ; mais il les conduit jusqu'à une abstraction exceptionnelle des formes, de l'espace tout en augmentant l'intensité des gestes et du mouvement. Déjà sensible dans l'ensemble des peintures de l'hôpital de la Charité d'Illescas (1603-1605, in situ) et notamment dans la Vierge de Charité, cette conception éclate dans la Visitation, destinée à la chapelle Oballe de l'église San-Vicente-Martir de Tolède (inachevée, vers 1607-1614, Dumbarton Oaks, Washington). Une autre toile de cet ensemble, L'Immaculée Conception (museo Santa Cruz, Tolède) montre la permanence de l'influence vénitienne, malgré cette nouvelle orientation. Seule peinture mythologique de Greco, le Laocoon (vers 1610-1614, National Gallery, Samuel H. Kress Collection, Washington) exprime tout à la fois la culture archéologique du peintre et son attachement à la ville de Tolède rendus grâce à ce traitement si particulier des volumes et de la lumière.
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