4. Le mécénat tolédan
Même si elle n'était plus « cité impériale », Tolède, peuplée de près de soixante mille habitants, était encore très vivante à la fin du xvie siècle : son économie reposait sur l'industrie textile de luxe et les armes. Son intense activité culturelle et spirituelle, centrée autour de la petite université Santa Catalina et surtout de la cathédrale primatiale, est animée en particulier par un groupe d'humanistes, chanoines le plus souvent : parmi eux, Pedro Salazar de Mendoza (1550 ?-1630), historien et administrateur de l'hôpital Tavera pour lequel il commanda en 1595 trois retables à Greco, ou Antonio de Covarrubias y Leíva (1524-1602), helléniste, ami du peintre qui le portraitura (avant 1600, musée du Louvre, Paris). Son ami Luis de Castilla lui fit obtenir en 1577 deux commandes, qui sont en fait ses premières œuvres monumentales : le chapitre de la cathédrale lui confie l'Expolio (le Christ dépouillé de ses vêtements) pour la sacristie de la cathédrale (in situ). Pour les cisterciennes de Santo Domingo el Antiguo, il exécuta les peintures de trois retables (1577-1579, dispersées entre le Prado, The Art Institute of Chicago, une collection particulière et des éléments restés in situ). Largement redevables aux modèles vénitiens ou inspirés de Michel-Ange, ces toiles montrent cependant une audace dans les contrastes de couleurs, une technique nerveuse et rapide donnant des formes amples et des fonds rapidement brossés qui vont devenir les caractéristiques de son art. Le succès de l'entreprise lui valut la reconnaissance du milieu religieux et humaniste déjà sensibilisé par Alonso Berruguete aux courants italianisants. Installé définitivement à Tolède et intégré à ce cercle d'érudits, Greco vécut dès lors de manière aisée ; un important atelier, dominé dès la fin du xvie siècle par la personnalité de son fils Jorge Manuel Theotocopuli (1578-1631) – qui allait devenir un architecte de talent –, l'aidait dans les nombreuses répétitions de ses thèmes à succès. À côté d'un grand nombre de […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



