3. Greco et Philippe II
Le premier but du peintre, en arrivant en Espagne, était en effet d'obtenir la faveur du roi, amateur passionné de Titien. Commande royale, peut-être – ou morceau de bravoure –, L'Allégorie de la Sainte Ligue, qui rend hommage à Philippe II et à son demi-frère don Juan d'Autriche, fut appréciée du souverain et dut assurer à Greco la commande du Martyre de saint Maurice (1580-1582, Escorial) destiné à la basilique de l'Escorial ; dûment payé, le tableau fut décroché en 1584 : la complexité de la composition, la subtilité du traitement iconographique et peut-être même la gamme acide des couleurs pouvaient certes intéresser Philippe II, mais, pour ce lieu sacré, le roi, défenseur convaincu de la Réforme catholique, exigeait des œuvres immédiatement compréhensibles, inspirant directement la dévotion. Ce rejet incita certainement Greco à se tourner vers la clientèle tolédane qui, dès 1577, lui avait confié d'importantes commandes. Mais il ne l'empêcha pas de maintenir des liens avec la cour madrilène, comme le prouvent plusieurs portraits et le retable du collège des augustins de Madrid fondé par María de Aragon, nourrice de Philippe II (1596, dispersé entre le Prado, Villanueva y Geltrú et le musée de Bucarest).
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