La Grèce occupe une place paradoxale dans le concert des nations. Par sa superficie et sa population, c'est un petit pays. Par la puissance évocatrice de son nom et son attractivité internationale, la Grèce dépasse le cadre étroit d'un État balkanique médiocre. Si la renaissance de la nation au xixe siècle reste liée à la résistance de la langue, constamment remaniée par l'usage populaire, et de la religion orthodoxe, profondément ancrée dans les consciences, le message grec permanent et universel est inséparable de l'alliance de la pensée rationnelle antique et du mysticisme chrétien. Cette pérennité explique la fascination que la grécité exerça à travers les millénaires : érudits romains, croisés francs, intellectuels modernes en mal de réminiscences archéologiques et d'itinéraires orientalistes succombèrent à la tentation, tantôt réduits à l'assimilation de la pensée hellénique, tantôt pilleurs plus ou moins éclairés des legs de l'Antiquité. Aujourd'hui, cette attirance est relayée par des millions de touristes estivaux, qui recherchent en Grèce le soleil, la mer, ainsi que des formes d'accueil chaleureux et convivial. Mais l'ambiguïté fondamentale demeure : sans atteindre les détériorations environnementales des littoraux espagnol ou italien, le respect des équilibres naturels et culturels n'est la règle d'or ni de la plupart des visiteurs, ni des investisseurs locaux et étrangers. Terre – et mer – de civilisation, la Grèce se trouve menacée d'altérations irréversibles de son patrimoine historique et paysager.
Le second paradoxe durable de la Grèce contemporaine est le partage entre un enracinement, qui pousse au nationalisme exacerbé, et une aspiration profonde à l'ouverture internationale. Visible aussi bien dans la vie quotidienne et économique que dans la production artistique ou littéraire, cette ambivalence plonge là encore ses racines dans l'histoire. Sans remonter à la dramaturgie du théâtre d'Aristophane, où la figure lourdaude du paysan béotien s'oppose à la subtilité aler […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



