3. De l'idée œcuménique d'empire à l'idée nationale (1453-1821)
• Triomphe du nouvel Empire (1453-1669)
Au fur et à mesure que le pouvoir de l'empereur s'amenuisait, de 1261 à 1453, l'emprise de l'Église sur l'État augmentait. Grâce à elle et au soutien qu'elle reçut du peuple, toutes les tentatives latinophiles échouèrent et l'arrivée des Turcs fut facilitée. Mehmet II, en pénétrant dans Constantinople, réalisait le vœu de l'Église : regrouper la « nation » orthodoxe – qui depuis l'ouverture de l'Empire au xie siècle, avait été partagée en plusieurs États formés par les Latins, les Serbes, les Bulgares, les Turcs – sous un seul gouvernement, grâce à la conquête progressive par les Ottomans de tous les territoires de l'ancien Empire. Ce regroupement ne fut d'ailleurs terminé qu'en 1669, avec la prise de la Crète par les Turcs. Seules les îles Ioniennes restèrent aux mains des Vénitiens. Sur ce millet (« nation ») reconstitué, l'Église exerça toute son influence pour décourager les révoltes des orthodoxes contre le gouvernement du sultan, expliquant que du calme dépendait la survie du peuple grec. D'ailleurs, dans l'ensemble, ce dernier – exception faite de la fraction de son aristocratie liée à la noblesse franque – accueillait avec soulagement le départ du Latin et la venue du Turc, qu'il lui arrivait même d'appeler à son aide, aussi bien au xve qu'au xvie et au xviie siècle, par exemple à Chypre ou en Crète. Même, quand en 1715 le Péloponnèse fut repris aux Vénitiens – qui avaient réussi à le conquérir en 1687 et aussi à faire sauter cette année-là, à Athènes, le Parthénon –, non seulement la paysannerie grecque, mais les bourgeois, les propriétaires fonciers et le clergé accueillirent les Turcs en libérateurs. La facilité de l'expansion ottomane ne peut être comprise sans tenir compte de ce terrain favorable.
Isl̄am et orthodoxie
Le regroupement de la « nation » orthodoxe ne se fit pas, néanmoins, sans un […]
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