Le développement d'une conscience nationale dans l'hellénisme qui se dégage progressivement de l'idée impériale byzantine d'abord, puis de l'œcuménisme chrétien du patriarcat de Constantinople, peut être considéré comme la principale tendance d'une longue période pendant laquelle le vieux peuple hellène se transforme en une nation moderne.
Miné de l'intérieur par les luttes intestines à caractère politique et social, l'Empire byzantin n'a pas pu résister aux attaques conjuguées de l'Orient islamique, de l'Occident chrétien et des peuples qui lui étaient soumis jusqu'alors et qui, l'un après l'autre, se séparèrent de lui et créèrent des États indépendants, noyaux des futurs États nationaux des Balkans.
La réaction de l'hellénisme à l'occupation franque après la prise de Constantinople par les Croisés (1204) et à la pénétration de l'Occident dans l'économie de l'Orient favorisait la formation d'une conscience nationale. Les États grecs qui, échappant à l'occupation, organisèrent la résistance contre l'occupant, l'État d'Épire et l'État de Nicée, puis l'Empire reconstitué avec la reconquête de Constantinople par les Paléologues, peuvent être considérés, en fait, comme des formations politiques à caractère national grec.
Tous ces États, comme les autres États balkaniques, succombèrent à la poussée des Ottomans qui, à partir du xve siècle, fondèrent le grand Empire ottoman. C'est dans le cadre de ce nouvel Empire que l'hellénisme s'efforça de sauvegarder son identité nationale et de retrouver son indépendance.
L'adaptation aux nouvelles conditions, l'organisation interne de la nation, la résistance active contre les occupants (mouvement paysan spontané avec la formation des bandes de rebelles, les Kleftes, soulèvements tout au long des xvie, xviie et xviiie siècles à l'occasion des guerres que livrèrent les puissances occidentales et la Russie aux Ottomans), ont permis aux Grecs d'atteindre cet objectif.
En effet, profitant des marges d'autonomie administrative (civile et religieuse) laissée aux non-m […]
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