3. Le plus grand mal n'est pas la mort
Le dernier principe est une conséquence du deuxième. Si ce qu'il y a de pire ici-bas est de dégrader son âme, il peut se trouver des circonstances où nous aurons à choisir entre cette dégradation et la mort. La Grèce, ici encore, nous a donné deux exemples admirables, l'un dans la personne de Socrate, l'autre dans le personnage d'Antigone chez Sophocle.
• Le mal, c'est de cesser de « philosopher »
Du plus profond de son âme, Socrate croit avoir reçu une mission du dieu de Delphes, Apollon. Il n'y a aucune raison de douter de ce fait. Au vrai, on se rend la personne de Socrate tout à fait inintelligible, sa façon de vivre et les circonstances de sa mort, si l'on refuse d'admettre qu'il ait cru à sa mission. Cette mission est, comme il dit, d'« agir en ami de la sagesse » (ϕιλοσοϕε̃ιν), c'est-à-dire non pas seulement de vivre lui-même en sage, mais d'examiner les autres pour les conduire à une vie de sagesse. Nous savons maintenant, par les discussions de Socrate avec Alcibiade, avec Polos, avec Calliclès, ce qu'il entend par là. Vivre en sage, c'est vivre selon l'homme essentiel, selon l'âme raisonnable et spirituelle. Or, dans l'Apologie de Socrate telle que la reproduit ou l'imagine Platon (29-30), il est supposé un moment que l'accusateur, Anytos, propose à Socrate de l'acquitter à la condition qu'il cesse de ϕιλοσοϕε̃ιν. Si Socrate refuse, il mourra. Écoutons la réponse de Socrate. « Athéniens, je vous sais gré et je vous aime ; mais j'obéirai au dieu [le dieu de Delphes] plutôt qu'à vous ; et, tant que j'aurai un souffle de vie, tant que j'en serai capable, soyez sûrs que je ne cesserai pas de « philosopher », de vous exhorter, de faire la leçon à qui de vous je rencontrerai. » Socrate alors donne un exemple de ces discussions, où il reproche aux jeunes de s'occuper de tout sauf de leur âme. « Voilà comment j'en agirai avec jeunes ou vieux, quel que soit celui que j'aurai rencontré, étranger ou concitoyen... Car c'est là ce que m'ordonne le dieu, entendez-le bien ; et, de mon côté, je pense que jamais rien de plus avantageux n'est échu à la cité que mon z […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 13 pages…



