5. Regards sur l'image
Au-delà de cet inventaire rapide des formes d'images et des objets qui les véhiculent, on voudrait pouvoir analyser le regard que les Grecs portent sur ces images. Une telle enquête n'est pas aisée ; on entrevoit au détour de certains textes la réaction d'un personnage devant une œuvre d'art. Ainsi les suivantes de Créuse, dans l'Ion d'Euripide, découvrent les sculptures du temple d'Apollon à Delphes et « admirent le divin sanctuaire ». Bien sûr, dans cette tragédie, l'image joue un rôle fonctionnel, faisant écho aux développements de la pièce ; mais l'admiration des femmes devant cette profusion d'œuvres d'art où le regard se perd semble bien répondre au but que les artistes se donnent : pour manifester l'éclat divin, la richesse des matières employées et l'habileté des artisans sont indispensables. Les œuvres les plus réussies passent même pour divines, dignes d'être attribuées à Athéna en personne. Éblouissement, admiration souvent fondée sur le plaisir esthétique que crée l'illusion ; telles sont les réactions les plus fréquemment notées. Ainsi les deux femmes qui découvrent les peintures du temple d'Asclépios à Cos (Hérondas, Mime IV) s'extasient sur leur pouvoir illusionniste : on croirait des figures vivantes. Dès le ive siècle, en effet, le critère qui prévaut en peinture est celui de la « vérité » qu'exprime l'œuvre d'art ; elle doit créer un effet de ressemblance tel que les oiseaux s'y laissent prendre, comme le rappelle une anecdote de la vie de Zeuxis. Vérité illusoire, dénoncée par Platon qui, à contre-courant de son temps, refuse le monde du faux-semblant où la peinture imite un monde sensible qui n'est lui-même qu'apparence.
Mais Platon reste isolé. Loin de condamner les images, le monde grec les a multipliées. Peintures, vases ou statues ont été largement diffusés et imités par le monde étrusque puis romain, premiers maillons d'une longue chaîne de réinterprétations qui traverse l'histoire de l'Occident, de l'Antiquité à nos jours.
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