3. Images et cités
La dimension religieuse est omniprésente dans la culture antique ; toutefois, certains usages de l'image sont moins exclusivement liés aux pratiques religieuses que ceux que l'on vient d'évoquer. Ainsi en est-il de la glyptique – les pierres gravées, souvent montées en bagues, portent un sujet de dimensions réduites et fonctionnent comme des sceaux destinés à imprimer la marque de leur propriétaire – plus que des images, ce sont des signes. De même les boucliers des guerriers portent des emblèmes qui ont pour objet soit de terrifier l'adversaire, comme dans le cas de la Gorgone, soit de qualifier le porteur du bouclier. Eschyle, dans Les Sept contre Thèbes, décrit longuement les boucliers des héros, et l'on a pu montrer le rôle de cette description dans le déroulement du texte tragique ; elle n'en reste pas moins un riche témoignage des effets de sens que peuvent produire de telles images.
Dans les deux cas, pierre gravée ou bouclier, il s'agit par un signe spécifique d'individualiser un personnage aux yeux de la communauté. Il existe un système de signes analogue qui désigne la communauté entière et prend pour destinataire l'ensemble des autres cités : ce sont les marques monétaires. La monnaie apparaît en Grèce au milieu du viie siècle avant J.-C. et dès l'origine fait l'objet d'un marquage, d'abord par de simples poinçons, puis très tôt par des emblèmes – animaux, végétaux, figures anthropomorphes – qui ont pour fonction d'identifier la cité. Le rapport entre signe et identité est ici analogue à celui qu'établissent les épisèmes des boucliers, mais il s'applique à la cité entière, souvent sous le contrôle des dieux. Ainsi frappe-t-on des monnaies où figurent soit la divinité poliade – Athéna à Athènes, par exemple –, soit le héros fondateur – ainsi Taras à Tarente. Un tétradrachme de Sélinonte montre une personnification du fleuve local tenant un rameau, faisant une libation sur l'autel des dieux ; derrière lui, sur une base, la statue d'un taureau qui rappe […]
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