Fils de Nicolas Perrenot ministre de Charles Quint, ancien maréchal impérial à Besançon et conseiller du parlement de Dôle, Antoine de Granvelle se destine à la carrière ecclésiastique et devient évêque d'Arras en 1540. Ayant servi loyalement Charles Quint dont il est l'un des conseillers « bourguignons » tant au concile de Trente que lors de la rédaction du traité entre l'empereur et les protestants de la ligue de Smalkalde, après la bataille de Mühlberg en 1547, Granvelle succède à son père en 1550 comme garde des Sceaux de la monarchie des Habsbourg et se signale comme un diplomate fort actif. Il négocie, avec le comte d'Egmont, le mariage de Philippe II avec Marie Tudor d'Angleterre ; il compose le discours prononcé aux états de Flandre lors de l'abdication de Charles Quint et de l'avènement de Philippe II ; il participe à la rédaction du traité de Cateau-Cambrésis signé, en 1559, entre l'Espagne et la France. En témoignage de reconnaissance pour les éminents services rendus à la couronne espagnole, Philippe II donne Granvelle pour conseiller à sa demi-sœur Marguerite de Parme, gouvernante des Pays-Bas. Granvelle, qui perçoit l'hostilité des populations à l'égard des Espagnols, prend imprudemment des mesures impopulaires, augmente le nombre des troupes d'occupation espagnoles aux Pays-Bas, crée de nouveaux tribunaux d'inquisition, couvre le pays de bûchers, ruine le commerce par des édits protectionnistes et se conduit en véritable tyran. Archevêque de Malines en 1560 et cardinal en 1561, il est disgracié et rappelé par Philippe II en 1564, après le soulèvement des Flandres, dirigé par le comte d'Egmont, qu'il a été incapable de réprimer. En 1565, il participe à Rome au conclave qui élit le pape Pie V. Il se retire alors à Besançon, mais en 1571 on le retrouve vice-roi de Naples ; puis, en 1579, à Madrid, il reprend du service en qualité de président du Conseil suprême d'Italie et de Castille. Il met un terme à sa carrière de diplomate en négociant l'union du Portugal et de l'Espagne, le mariage de l'infante Catherine avec le duc de Savoie. Il meurt à Besançon, dont il était devenu l'évêque. Les jugements qu'on peut porter sur Granvelle sont ambigus. Du moins peut-on, dans une certaine mesure, le comparer à Richelieu, et ses rapports de loyauté et de confiance avec Philippe II ressemblent à ceux qu'entretenaient le cardinal français et Louis XIII.
Joël SCHMIDT
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