Fondée par ‘Abd al-Rahmān Ier en 785-786 à Cordoue, sa nouvelle capitale, et agrandie par la suite à plusieurs reprises, la mosquée possède d'emblée son plan : de longues nefs perpendiculaires au mur qibla (indiquant la direction de la prière : la Ka‘ba de La Mecque), la différenciation entre la nef principale, plus large, et les dix nefs qui la flanquent de part et d'autre, la superposition de colonnes et de piliers et, surtout, d'extraordinaires arcades doubles. Les travaux postérieurs, tout en respectant l'ordonnance initiale, ont apporté des innovations et des raffinements : ‘Abd al-Rahmān III (912-961), fait ajouter un minaret. Al-Hakam II (961-976), son fils et successeur, apporta les coupoles sur nervures qui structurent et hiérarchisent l'espace en fonction du mihrab (niche indiquant la direction de La Mecque). Celui-ci est paré de mosaïques à fond d'or, qui sont d'origine byzantine, mais dont les bandeaux d'écriture coufique en bleu et or font oublier l'origine chrétienne. Le dernier agrandissement islamique entrepris par al-Mansūr consiste en un élargissement latéral de huit nefs. Les transformations chrétiennes, au xiiie et au xve siècle furent discrètes ; mais, au début du xvie siècle, le clergé de la cathédrale de Cordoue chargea Hernan Ruiz de mettre l'édifice au goût du jour. Quand Charles Quint vit la cathédrale en 1526, il exprima sa déception : « Vous avez construit quelque chose de banal à la place d'un monument unique. »
Photographie
Grande Mosquée de Cordoue Colonnes et piliers superposés, arcades doubles à claveaux bichromes caractérisent la salle de prière de la Grande Mosquée de Cordoue, fondée en 785-786 par 'Abd al-Rahman Ier et agrandie au IXe siècle par 'Abd al-Rahman II.
Crédits: Oliver Benn, Tony Stone Images Consulter
La Grande Mosquée de Cordoue a influencé toute l'architecture hispano-maghrébine, sans que ses arcades superposées et les mosaïques en pâte de verre aient jamais été reprises par d'autres architectes. Les coupoles sur nervures, elles, furent transposées en stuc pour créer des coupoles ressemblant à des dentelles translucides ; l'arc en fer à cheval et les arcades polylobées et entrelacées devinrent omniprésents dans l'ensemble du monde hispano-maghrébin.
Marianne BARRUCAND
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