3. La richesse de la langue contre la rigidité de la norme
La vulgate grammaticale latine aboutit donc à deux apories. À ces apories, pourtant, des réponses ont été apportées dans le domaine latin lui-même par des esprits originaux et féconds, Varron et Priscien, qui encadrent chronologiquement cette vulgate.
Varron (116-27 av. J.-C.) n'est pas un grammairien au sens technique du terme. L'entreprise qu'il tente avec son De lingua latina consiste à utiliser toutes les problématiques abordées jusqu'à lui dans l'analyse du langage pour établir une description d'ensemble de la langue latine. Les trois quarts du traité sont malheureusement perdus, mais le plan d'ensemble nous est connu. L'ouvrage était divisé en trois parties, où étaient examinées successivement la relation des mots, considérés individuellement, aux choses qu'ils signifient (étymologie et sémantique), puis la relation « verticale » des mots s'engendrant les uns les autres (flexion et dérivation), enfin la relation « horizontale » des mots entre eux. On ne sait pas de quel point de vue Varron envisageait cette relation des mots entre eux : on a parlé de logique plutôt que de syntaxe, mais la distinction de ces deux domaines est moins évidente qu'il n'y paraît, et, à tout le moins, leur imbrication n'a rien d'absurde puisque, dans les deux cas, il s'agit d'analyse d'énoncés.
Le projet de Varron n'était donc pas d'établir un corps rigide de définitions techniques – une « grammaire » –, mais de regrouper des recherches distinctes au nom de leur dénominateur commun, la langue. Par là était évité l'écueil de la délimitation du champ de l'analyse, mais cette synthèse puissante est restée sans suite, à cause de sa complexité, peut-être, en face de la simplicité toute technique de la grammaire.
Avec Priscien, grammairien établi à Constantinople à la fin du ve siècle de notre ère et au début du vie, c'est le principe de la normativité qui est mis en cause. Dans ses Institutions grammaticales en dix-huit livres, le plus g […]
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