5. Apollonios Dyscole : rendre raison des constructions
À cet égard, Apollonios Dyscole, trois siècles plus tard, apparaît bien comme l'héritier de la même tradition. Successeur lui-même de toute une série de grammairiens, dont souvent nous ne connaissons guère plus que le nom – les Tyrannion, Philoxène, Tryphon, Habron, Théon, Apion...–, Apollonios est l'auteur de dizaines de monographies dont huit consacrées respectivement aux huit parties du discours. Nul doute que nous ayons affaire là au corps principal de son œuvre, auquel il faut naturellement joindre l'ouvrage de synthèse qui reprend et prolonge les monographies : le traité Peri suntaxeôs, De la construction. Par chance, cet ouvrage de 340 pages, plus les traités Du pronom (140 pages), Des adverbes (100 pages), Des conjonctions (45 pages), sont parvenus jusqu'à nous et nous permettent d'apprécier, avec la méthode d'Apollonios, le degré de développement de la théorie grammaticale au iie siècle de notre ère.
Si, chez Apollonios, la dimension philologique de la grammaire reste présente – les textes littéraires, homériques notamment, fournissant de nombreux problèmes critiques que l'application de la doctrine doit permettre de résoudre –, elle n'est ni la seule, ni même la principale : « je m'appuie, écrit-il à propos des conditions d'emploi des pronoms au nominatif, non sur des exemples poétiques (la construction poétique faisant place à l'ellipse et au pléonasme), mais bien sur l'ensemble de l'usage courant, sur les emplois rigoureux des prosateurs et surtout sur la force de la théorie (ek dunameôs tès tou logou) qui ne doit pas laisser non plus de rendre compte des constructions qui ne font pas difficulté » (Synt., p. 162 Uhlig). Rendre raison des faits dans leur ensemble, au lieu d'accumuler des exemples, toujours particuliers, telle est l'ambition d'Apollonios. Dans la pratique, on le voit en effet constamment soucieux de montrer les causes et, chaque fois qu'il le peut, de généraliser telle formulation d'un devancier. Outre les définitions d […]
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