6. Les grammaires de l'indo-aryen moyen et moderne
Parmi les langues dérivées du sanskrit, le pāli, langue des écritures bouddhiques, et quelques prakrits (mahārāṣṭrī, etc.), véhicules d'une littérature de cour raffinée, ont été l'objet de grammaires rédigées soit en sanskrit, soit dans la langue décrite. Leur métalangue est celle de Pāṇini. Leur modèle de description est aussi pāninéen. Une différence importante cependant tient à ce que la grammaire sanskrite de Pāṇini est une analyse structurale purement synchronique, tandis que le but de la grammaire prakrite est non d'analyser directement la langue, mais de montrer en quoi elle diverge par rapport au sanskrit, comment on peut construire un mot prakrit à partir d'un mot sanskrit. Les grammaires prakrites traitent généralement plusieurs langues simultanément ; partant de la mahārāṣrī, elles montrent ensuite les divergences des autres prakrits par rapportṭ à elle. Par ce moyen, une dimension comparative et historique est introduite dans la recherche linguistique. La grammaire pālie est plus indépendante ; la langue y est analysée comme entité séparée du sanskrit. Les grammaires de Kaccāyana (après le xie s.), de Moggallāna (Ceylan, xiie s.) et Aggavaṃsa (Birmanie, xiie s.) sont rédigées en pāli même.
La tradition qui suit le modèle pāninéen pour l'étude des langues et la composition des grammaires a duré dans l'Inde jusqu'à l'époque contemporaine. Des langues modernes, telles que braj, dialecte littéraire du hindī, marāthī, kaśmīrī, ont été l'objet de descriptions pāninéennes. Le cas le plus curieux est sans doute celui d'une grammaire persane qui a été composée par Kṛṣṇa Dāsa en sanskrit à la demande de l'empereur Akbar (1556-1605) et dans laquelle l'auteur enseigne par des règles de transfert à passer des éléments du sanskrit à ceux du persan.
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