2. La phonétique
La littérature de śikṣā comprend deux genres de textes. Les plus anciens, appelés Prātiśākhya, textes « de chaque branche » du Veda, contiennent des règles utiles à la récitation des hymnes et formules védiques dans les diverses branches ou recensions des textes sacrés. La récitation se faisait sous plusieurs formes, en préservant la continuité de l'énonciation, ce qui en sanskrit implique un grand nombre de contractions, assimilations, reports de propriétés phoniques, etc. à la jonction des mots, ou bien en séparant les mots, voire en en intervertissant l'ordre. Il existe jusqu'à dix modes de récitation différents qui soient encore en usage de nos jours. Tout cela implique des connaissances phonétiques nombreuses et une observation scientifique assez poussée. On ignore la date de formation de ces divers modes de récitation, celle de la formation des écoles védiques, ainsi que celle de la rédaction de leurs textes de phonétique. Mais tout l'ensemble est très ancien et la date la plus basse que l'on puisse envisager serait le iiie siècle avant J.-C. Cette littérature atteste une connaissance des sons du langage et de l'articulation plus développée que celle qu'avait l'Europe à l'aube du xixe siècle. Les lieux d'articulation des sons y sont bien définis ; seul le rôle du larynx n'avait pu être identifié. La propriété de sonorité, qui est pertinente en sanskrit, est bien mentionnée, mais non expliquée, les cordes vocales n'étant pas connues. Les organes d'articulation sont finement décrits : base, pointe de la langue, etc. Nombre de traits groupés sous le nom de « efforts d'articulation » – aspiration, sonorité, nasalisation, dits « efforts externes » ; fermeture, ouverture, semi-ouverture, dits « efforts internes » – sont exposés. Les phonèmes ont été ainsi bien dissociés et définis. Ils ont été aussi observés dans leur entourage, dans la chaîne phonique. Ainsi l'on trouve des observations sur des sons secondaires, voyelles réduites apparaissant en épenthèse, aspiration reportée sur une occlusive au voisinage d'une sifflante, gémination dans des groupes de consonnes, insertion de consonnes transitionnelles, par exemple sifflante entre occlusives, etc.
Ultérieurement, la discipline a été cultivée dans des ouvrages relativement peu nombreux, qui sont quelquefois de caractère scolaire et innovent peu, mais qui occasionnellement, parce qu'ils sont plus tardifs, font apparaître de nouvelles descriptions qui doivent correspondre à des changements historiques de prononciation.
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 4 pages…



