2. Norme et grammaire
La grammaire recherche l'adéquation empirique. Dès lors, il faut que la division qu'elle opère en fonction de son différentiel ait un corrélat objectif et observable. Autrement dit, il lui faut un solide de référence. La question se pose : d'où lui viendra le solide de référence ? Il ne peut venir que des pratiques langagières effectives. Mais ces pratiques elles-mêmes ne peuvent être analysées que par la grammaire. En sorte que le cercle paraît inévitable. À moins que la différenciation que suppose la grammaire ne soit opérée, indépendamment d'elle, par la communauté parlante. Il semble qu'il en soit ainsi. Sans doute, on ne peut nier que certaines différenciations ne soient des artefacts venus de la grammaire apprise – l'influence de l'instruction et de l'école sur les langues est certaine –, en sorte qu'on retrouve la circularité ; mais ce n'est pas vrai de toutes les différenciations : certaines sont spontanément reconnues par un grand nombre de sujets parlants. Mais, justement parce qu'elles sont spontanées, elles sont saisies par des sujets qui ne raisonnent pas en observateurs désintéressés ; du même coup, elles se trouvent investies de significations étrangères à la langue, le plus souvent de significations sociales. D'où le caractère très « socialisé » de la terminologie grammaticale courante : correction, contraintes, interdictions, fautes, etc.
• Jugement grammatical et jugement de valeur
De la même manière, il apparaît que le jugement grammatical a la forme d'un jugement de valeur. Cela est lié au fait que l'impossible de langue n'est nullement un impossible matériel : une phrase reconnue comme tératologique par tous les locuteurs d'une langue donnée peut toujours, malgré cela, être produite, ne serait-ce que par jeu. Parallèlement, les sujets parlants peuvent produire toute espèce de forme, y compris des formes dites fautives, sans courir aucun risque physique ; la seule sanction consiste dans l'attribution d'une appréciation négative à te […]
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