2. Une archéologie de la langue
À partir du rapprochement des formes grammaticales, Bopp se propose de déterminer des lois d'évolution d'un groupe de langues pour remonter vers leur état primitif commun : c'est la reconstruction. Ce faisant, il abandonne l'interprétation de ce qui est non morphologique, les « racines ». L'exposé est conduit en trois temps : 1. reconstitution de la valeur phonétique des écritures (les langues étudiées sont des langues mortes) ; 2. identification et comparaison des paradigmes ; 3. détermination des formes primitives (non attestées) et exposé des principes qui expliqueraient les transformations observées (lois physiques, lois mécaniques et force dynamique).
Dans ce cadre, esquissé avant Bopp par Rasmus Rask (1787-1832), la linguistique fonde l'énoncé de ses lois phonétiques sur des corpus, étendant son domaine d'investigation à d'autres groupes (chamito-sémitique, malayo-polynésien...) et sous-groupes (langues romanes, langues slaves...). Le comparatisme, tour à tour sollicité par la mythologie comparée et l'anthropologie (1840-1870), par le darwinisme et le positivisme néo-grammairien (1860-1890), est réinterprété par la linguistique générale au début du xxe siècle comme l'un des deux plans d'une science du langage (Saussure, Troubetzkoy, Sapir...).
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