4. Un système de symboles
La division des graffiti en deux classes : graffiti figuratifs (abstraits et représentatifs) et graffiti linguistiques, est parfois difficile à maintenir ; car, en fait, certains des graffiti modernes, au moins certains des ensembles de graffiti dans les sociétés occidentales modernes, constituent une classe de manifestations où l'écriture, le dessin et le signe abstrait non linguistique se mêlent au point de ne plus être dissociables les uns des autres. Il faut remarquer, à ce sujet, que les graffiti sont une des rares expressions (comme le théâtre, le cinéma et la télévision) qui emploie le mot, la représentation graphique ou plastique réaliste et le signe abstrait graphique ou plastique dans la même composition.
Comme d'importantes études l'ont démontré (A. Laming-Emperaire, 1957 ; A. Leroi-Gourhan, 1965), les graffiti relèvent également de la tradition de l'art paléolithique où des signes sexuels abstraits (flèches, bâtonnets, points, triangles, cercles, losanges, etc.) s'associent aux représentations réalistes de certains animaux sur les parois de grottes préhistoriques. Les graffiti français modernes, étudiés du point de vue de la sémiologie (W. P. McLean, 1968), présentent des ensembles, depuis le dessin plus ou moins réaliste du pénis et des vulves jusqu'au motif cordiforme accompagné d'une flèche, qui permettent de constater que ce genre de graffiti véhicule dans la plupart des cas le même message : principe mâle + principe femelle = vie. La preuve en est que le phallus s'associe aussi facilement au cœur qu'à la représentation des vulves, que les cœurs y sont accompagnés aussi bien de phallus que de stries, de piquetages ou de flèches.
La nature collective de bon nombre de ces compositions est évidente, car il serait malaisé de soutenir que les ensembles de graffiti que l'on peut observer sur certains murs de nos villes soient l'œuvre d'un seul auteur. On peut en conclure que des stries, des piquetages, ou le mot « con », par exemple, ajoutés par une autre main à des vulves tracées par un premier auteur, témoignent de l'existence de conventions graphiques, et donc d'un système graphique collectif d'expression et de communication.
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