2. L'histoire du problème de la grâce
On peut, à bon droit, présenter toute l'histoire de l'Église comme une lutte pour affirmer la gratuité de la grâce. Déjà, à la génération apostolique, c'est le sens de l'affrontement majeur entre le judéo-christianisme représenté par Pierre et la mission universaliste incarnée en Paul ; toute l'activité apostolique, et en particulier littéraire, de ce dernier est un combat de tous les instants pour que l'évangile annoncé par l'Église ne soit que grâce.
• Augustin et le pélagianisme
Par la suite, en face de ces hérauts de la grâce que furent Tertullien au iiie siècle et saint Augustin au ive siècle, la spéculation se développe dans le but d'établir exactement quel est le rapport entre la grâce, de plus en plus comprise comme une substance spirituelle, une force divine à la disposition de l'Église et infusée à la nature humaine par les sacrements, un courant spirituel au moyen duquel le fidèle pourra mériter de nouvelles grâces, et la nature de l'homme, sa liberté et son pouvoir de décision. Contre Augustin, Pélage affirme que l'homme collabore avec Dieu à l'obtention et à la réalisation du salut : c'est la doctrine du synergisme. Et tandis qu'Augustin défend avec acharnement l'exclusivité de la grâce dans la régénération de l'homme et finit par faire condamner Pélage, l'Église opte pour une position intermédiaire (semi-pélagianisme) selon laquelle la grâce a, certes, l'initiative, mais intervient avant tout pour déclencher en l'homme les potentialités bonnes qu'il porte en lui et dont l'action méritoire obtiendra, si elle persévère, la béatitude éternelle. Augustin, lui, disait, sans concession aucune, que la grâce, pleinement suffisante, donne à l'homme la foi, l'espérance et l'amour.
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