3. La construction de la personnalité
Le développement ultérieur de l'art de Keller est dominé, comme son attitude politique, par l'idée de l'harmonie de la personnalité.
En 1872, Keller publie les Sept Légendes (Sieben Legenden), où, sans détruire la poésie des vieux récits hagiographiques, il oppose à l'idéal ascétique chrétien une saine morale qui purifie et élève la vie des sens.
La deuxième partie des Gens de Seldwyla (1873-1874) montre comment la personnalité se masque, se perd ou se retrouve à travers les vicissitudes de l'existence, soit que le hasard entraîne un heureux naturel à la tromperie (L'habit fait le moine), soit que, bien différemment, un couple doive se libérer du dogmatisme religieux pour que renaisse son entente (Le Rire perdu). Keller s'en prend alors au réformisme protestant vide de substance auquel il en vient à préférer une foi naïve.
Les Nouvelles zurichoises (Züricher Novellen, 1878) n'utilisent qu'avec modération le pittoresque de l'histoire pour raconter quelques destinées exemplaires ayant contribué à former l'esprit des libres citoyens de Zurich. Ainsi apparaît la figure du grand réformateur Zwingli, tandis que Le Bailli de Greifensee, se réconciliant avec ses amours manquées, reflète plutôt la victoire de l'auteur sur son propre destin.
Enfin L'Épigramme (Das Sinngedicht, 1884) est un chef-d'œuvre de récit à tiroirs, composé sur le thème d'une épigramme de Logau. Le baiser enfin donné à une jeune fille qui « rit en rougissant » montre comment la spontanéité se retrouve dans la totalité de l'amour vrai.
La nouvelle rédaction de Henri le Vert, en 1880, introduit, à la place de la mort de Henri, le beau motif de l'amitié de Judith et de Henri, qui atteignent la sérénité dans la résignation.
Le deuxième roman de Keller, Martin Salander (1886) intéresse surtout par la critique d'une société nouvelle dominée par la spéculation.
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