L'instrument n'est pas de ceux qui déchaînent habituellement le délire des foules. Difficile pourtant d'imaginer renommée aussi vaste et gloire plus universelle que celles qui s'attachent au plus prestigieux des maîtres de la clarinette et à l'un des plus célèbres chefs d'orchestre américains. Devant la puissance de cette lame de fond, avocats du génie et procureurs de l'imposture s'affrontent. Benny Goodman a laissé, il est vrai, se multiplier autour de lui bien des malentendus qui lui ont valu d'être exclu ou revendiqué avec la même énergie. Voyageur sans attaches, il a tour à tour visité l'univers de la musique savante, le monde du jazz et le domaine du simple divertissement populaire sans jamais laisser véritablement son cœur en gage.
1. Le temps du swing
L'insaisissable clarinettiste semble jeter un regard placide et souriant sur la violence de la dispute. Une vie sans humiliation majeure abritée des tempêtes qu'y soulèvent souvent la drogue, les femmes ou l'alcool, la vie somme toute bourgeoise d'un homme d'affaires convenable et pratique se reflète dans une musique qui ne saurait passer pour celle d'un artiste maudit. Grâce à ce « cocktail » très américain de chance et de talent, Benny Goodman offre à l'histoire du jazz - la chose n'est pas si fréquente - plus de vingt ans de succès sans faille et l'image même de la réussite.
Benjamin David Goodman voit le jour le 20 mai 1909 dans un ghetto de Chicago. Son père, juif russe immigré, gagne sa vie comme tailleur. La famille est pauvre, nombreuse mais passionnée de musique. Ses trois frères, Harry, Irving et Freddie feront modestement carrière sans y gagner un prénom. L'enfance et l'adolescence du jeune Benny vont être illuminées par l'arrivée dans sa ville natale d'étoiles de première grandeur comme Jimmy Noone et Sidney Bechet (1917), King Oliver (1918) et Johnny Dodds (1920). Au collège qu'il fréquente (I'Austin High School), ses aînés s'enthousiasment – ils s'appellent Frank Teschenmacher, Jimmy McPartland et Bud F […]
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