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GONZALO DE BERCEO (1198 env.-apr. 1264)

Célèbre auteur du xiiie siècle, Gonzalo de Berceo est le premier poète espagnol dont on connaisse le nom. Ce que nous savons de lui, tout en étant fort réduit, dépasse largement nos connaissances sur d'autres auteurs contemporains et même postérieurs : il était prêtre séculier (et non moine, comme on l'affirme trop fréquemment), attaché au monastère de San Millán de la Cogolla à la Rioja. Depuis la fin du xviie siècle, on a en effet connaissance de documents portant sa signature, datés de 1228 à 1242 et qui attestent sa qualité : Berceo signe avec les religieux, et non avec les moines. D'autre part, Berceo indique dans ses poèmes le lieu de sa naissance : le petit village de Berceo, qui deviendra son nom patronymique ; il ne le fait pas par vanitas terrestris, mais afin que ses lecteurs puissent se souvenir de lui dans leurs prières.

Toute son œuvre appartient au mouvement connu sous le nom de mester de clerecía (« métier propre aux clercs », par opposition aux formes favorites des jongleurs). Son vers est l'alexandrin accouplé en strophes de quatre vers monorimes qu'on appelle cuaderna vía ; seul, le chant des veilleurs qui gardent le tombeau du Christ est composé de distiques plus courts, avec refrain. L'œuvre de Berceo appartient à trois catégories différentes de la poésie religieuse : vies de saints (celles de saint Émilien, de saint Dominique de Silos, de sainte Oria — Aurea — et de saint Laurent, cette dernière restée incomplète dans les manuscrits), ouvrages exégétiques (Le Sacrifice de la messe ; Des signes qui annonceront le Jugement dernier), et œuvres consacrées à Notre-Dame (Duelo, sur ses plaintes auprès de la Croix ; Loores, consacrés à sa louange ; Milagros, qui réunissent vingt-cinq récits sur son intervention miraculeuse). On doit y ajouter, bien qu'on ait prétendu qu'elle n'était pas de lui, la traduction de trois hymnes du Bréviaire (Veni CreatorAve Maris StellaTu Christe) ; d'autres érudits affirment qu'on doit encore lui attribuer quelque composition latine.

Berceo semble avoir été assez connu de son temps, et d'autres poèmes du mester de clerecía portent son empreinte. Si l'on excepte Hurtado de Mendoza (1550), Sánchez (1730) et quelques rares érudits (dont le père Sarmiento), il faudra attendre la « génération de l'année 98 » pour que le vieux poète soit apprécié à sa juste valeur. Sa revanche sera, néanmoins, éclatante, et il sera loué, imité, cité, jugé « le premier » par des poètes de la taille d'Antonio Machado, Ramón Pérez de Ayala, Rubén Darío, Valle Inclán et des prosateurs comme Azorín, qui rediront maintes fois leur admiration pour cette première figure connue de la poésie castillane.

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