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GONG XIAN [ KONG HIEN ] (av. 1599-1689) ET KUNCAN [ K'OUEN-TS'AN ] (1612-av. 1680)

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3.  Kuncan : moine et artiste

Kuncan est le nom monastique de Liu Jieqiu ; il est souvent désigné par son surnom de fantaisie Shiqi. Il est né au Hunan en 1612. On ne sait presque rien de la première partie de sa carrière. Vers l'âge de quarante ans, après la chute des Ming, il se fait moine. L'état monastique était pour les loyalistes Ming tout à la fois une manière d'échapper aux pressions du nouveau pouvoir et l'occasion de manifester un refus protestataire à l'égard d'un ordre politique illégitime. Cette motivation politique est certainement intervenue aussi dans la vocation monastique de Kuncan – il ne cessa d'exprimer sans équivoque sa fidélité aux Ming et son hostilité aux usurpateurs mandchous –, mais à la différence de tant d'autres moines « d'emprunt », tel Shitao par exemple, il fut un ascète authentique, un religieux érudit et dévot.

En 1654, il arrive à Nankin où il résidera, pour le restant de sa carrière, au monastère de Baoen d'abord, puis à celui plus retiré et paisible de Niushoushan. Il se trouve en relations avec l'élite lettrée de la ville et entretient des rapports avec les loyalistes Ming et des esprits politiquement avancés comme Qian Qianyi et Gu Yanwu. Son activité picturale, attestée dès 1657, se développe surtout après 1660 et lui vaut une notoriété considérable. Mais, à travers tout, il reste d'abord un moine qui édifie son entourage par ses macérations et ses longues retraites. D'une complexion chétive, il avait une âme haute et intransigeante, un tempérament solitaire et taciturne.

Essentiellement paysagiste, à l'inverse de ses contemporains, il pratique peu le feuillet d'album et cultive surtout les grands formats. Kuncan est par excellence le maître des compositions touffues et complexes, animées d'un tourbillonnement baroque (en cela on retrouve l'inspiration de Wang Meng). Chez lui cependant la richesse de la texture n'aboutit jamais à un esthétisme gratuit, elle est constamment soutenue par une force intérieure âpre et sévère. Il témoigne d'une grande originalité dans le maniement de la couleur : celle-ci n'est plus confinée dans son rôle traditionnel de simple rehaut ornemental et facultatif ; utilisée dans des tons soutenus, elle est souvent constitutive de la forme au même titre que l'encre.

On ignore à quelle date est mort Kuncan. La mention, dans un catalogue ancien, de deux peintures respectivement datées de 1690 et 1692 n'est plus acceptée aujourd'hui comme un élément convaincant de sa chronologie ; il se pourrait, en fait, que Kuncan soit mort avant 1680.

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