Écrivain français, dont les romans ont connu une vogue exceptionnelle, Gomberville débuta très tôt dans la poésie, mais médiocrement ; il s'intéresse de bonne heure à l'histoire : en 1620, il rédige un Discours des vertus et des vices de l'histoire, et de la manière de la bien escrire — mais déjà il s'est tourné vers le roman ; il a publié à dix-neuf ans L'Exil de Polexandre et d'Ériclée (1619), première version de ce qui sera son œuvre majeure ; et deux ans plus tard un second roman, La Carithée. Il se fait ainsi rapidement un nom dans le monde des lettres (en même temps qu'une place enviable dans la société) ; il sera l'un des premiers membres de l'Académie française et s'y montrera l'un des plus actifs. En 1629, il donne une seconde édition — en fait totalement refondue — de L'Exil de Polexandre. Le public attend une suite : mais c'est le début d'un nouveau Polexandre (le livre portera désormais ce simple titre), encore remanié, qui paraît en 1632 ; quatre autres livres suivront, jusqu'à la dernière édition, celle de 1637. Chaque fois Gomberville, selon le mot de Chapelain, « rhabille son roman » et en modifie l'équilibre général. Cette singulière méthode de composition ne facilite pas l'accès à une œuvre dont, dès le départ, l'intrigue était fort embrouillée et la nature indécise (tandis qu'il entraîne ses personnages d'une aventure à l'autre, et du Mexique à l'Arménie, l'auteur fait passer le lecteur du documentaire au récit fantastique, de la description exacte — ou parfois fantaisiste — de voyages et de guerres, de pays lointains et de mœurs étranges, à la relation d'exploits chevaleresques et merveilleux). Mais Gomberville fait du désordre vertu, et les contemporains ne semblent avoir été gênés ni par la longueur du livre (plus de 4 400 pages ; La Fontaine déclare l'avoir « lu vingt et vingt fois ») ni par son cours capricieux (Guez de Balzac voit en lui « un ouvrage parfait en son genre »). C'est que, dans ce roman-fleuve où le lecteur moderne se perd, toute une génération a trouvé — […]
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