2. Poésie « d'occasions », poésie mythique
Aucun poème, aucun recueil ponctuant le parcours qui ne soit le reflet d'une expérience personnelle. Ce qui est vrai de tout poète l'est spécialement d'Ungaretti, le moins abstrait d'entre eux, avec son goût frémissant des choses, avec les remous et les ondes qu'impriment en lui les sensations ou les émotions les plus fugitives. Sa poésie est entièrement et profondément biographique. Poésie « d'occasions », comme l'appelle si justement Paulhan. Point de poésie aussi où l'empreinte de l'événement ne soit plus soigneusement effacée. Confession ininterrompue mais domptée. Ce poète de la profusion, ce poète baroque a renoncé à ses richesses pour n'en garder que les valeurs extrêmes. Lui-même s'en explique en des termes voisins de ceux que Reverdy applique à la poésie qui rapproche les objets les plus séparés ou les plus éloignés. Ainsi, tout ce qui est anecdotique, accessoire, ornemental, intermédiaire et fluide est « sauté ». Coupée des motifs extérieurs qui la nourrissent, sa poésie devient pure intériorité. La tension ou l'attention du poète ne laisse subsister que l'essentiel ; des mots de plus en plus purs, au sens mallarméen du terme, entourés de plages de silence. Sa poésie est hermétique, non ésotérique, réservée à des initiés, compliquée à dessein et secrète à force d'être elliptique, réduite à une simplicité difficile. Le verbe renvoie alors du présent qui le suscite – écho assourdi d'une innocence perdue – à un passé d'avant la naissance, à l'humus primitif s'élevant ainsi au rang du mythe. « Je m'illumine d'immensité », écrit Ungaretti dans des vers où la clarté ruisselante du premier jour vient frapper l'homme dans un désert infini.
C'est cette plongée dans l'abîme des temps, dans ce silence ou dans ce vide peuplé de rien séparant deux choses, qui fait l'unité étonnante d'une œuvre étalée sur plus d'un demi-siècle. Certes, plus proche des futuristes dont il évite cependant toujours les déclarations fracassantes, et les fantais […]
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