3. Des transformations sans doute irréversibles
Ce tableau, impressionnant, présente deux volets : d'une part, une Église qui n'est plus la même, avec sa nouvelle messe, son nouveau catéchisme, une nouvelle morale, un nouveau clergé ; d'autre part, une Église qui fond numériquement et se rétrécit comme une peau de chagrin. Il est objectif, en ce sens qu'il montre l'ampleur et la profondeur des secousses qui auront agité le catholicisme sous le pontificat de Paul VI. En dix ans, l'Église a sans doute plus changé qu'en quatre siècles : c'est tout l'édifice mental et disciplinaire mis en place par le concile de Trente (1545-1563) et sa « Contre-Réforme » qui se désagrège. Mais un tel tableau demeure très partiel.
On peut remarquer, en premier lieu, que tous les pays du monde ne marchent pas du même pas : Paris n'est pas la France, celle-ci n'est pas l'Europe, laquelle n'est ni l'Amérique ni l'Afrique. En bien des endroits, le concile n'a pas apporté beaucoup de changements (même en Italie, il existe des régions que quatre siècles de Contre-Réforme semblent n'avoir pas encore atteintes). Par ailleurs, il n'a pas pu prendre en compte de nouvelles formes de vie religieuse qui se cherchent, parfois inspirées d'en haut, le plus souvent spontanées : « communautés de base » ; mouvements charismatiques ; groupes de prière, de rencontre, de lecture biblique, etc. L'importance de ces innombrables formations ne tient pas à leur durée (elles se caractérisent par une forte instabilité), mais à leur foisonnement, à la variété de leurs orientations et préoccupations, dont on peut dire que « cela part dans tous les sens » : militantisme politique, action apostolique, vie contemplative, expériences religieuses, aménagements institutionnels.
La mutation ecclésiale ne se réduit pas à des initiatives marginales et incontrôlées ; c'est l'appareil de l'Église lui-même qui se trouve être le siège de profondes transformations, depuis la base – la paroisse – jusqu'au sommet romain. Sans faire un inventaire […]
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