2. Crises, éclatements, conflits
Trente mois après la clôture de Vatican II, éclatait en France Mai-68, dont la plupart des pays ont connu des équivalents quasi contemporains. Cette date symbolique ne marque pas seulement la déstabilisation d'un idéal occidental de vie, mais elle a eu aussi une incidence religieuse profonde. Il est impossible d'en classer méthodiquement les effets : comme dans un torrent impétueux, le flot charrie indistinctement tout ce qu'il ramasse sur son passage. Prenons un cas apparemment simple, celui de l'évolution du culte, lequel, pour une nation laïque comme la France, constitue l'essentiel de la religion (la République française ne connaît ni prêtre ni pasteur mais seulement les ministres des différents cultes).
En 1963, les Pères du concile avaient voté une sage constitution sur la liturgie, alors que celle-ci était encore le domaine d'un hiératisme fixé depuis longtemps ; les novations y étaient rares : quelques fêtes nouvelles ; l'autel face au peuple, dont s'irritait Paul Claudel ; des ornements d'un style nouveau dit gothique, l'assouplissement de la loi du jeûne eucharistique, la messe du soir. L'obligation de la messe du dimanche demeurait souveraine. Or voici que, brusquement, se déclenche sur un rythme pressé la « réforme liturgique », favorisée par l'évolution des modes de vie. L'obligation de la messe dominicale tombe en désuétude ; le dimanche s'étale sur le week-end ; la langue vernaculaire remplace le latin ; Paul VI institue un nouveau rite qui remplace la traditionnelle messe de saint Pie V ; la communion est distribuée sous les deux espèces du pain (que le fidèle reçoit dans la main) et du vin (bu au calice même) ; le terme de messe est remplacé par l'expression de « célébration eucharistique » ; nombreux sont les prêtres qui prennent des libertés avec le nouveau rite ; les laïcs sont autorisés à distribuer la communion. La « révolution » s'étend à l'art et même au dogmatisme. De nombreuses églises sont « nettoyées » de leur […]
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